SOUND CULTURES

Un terrain fertile pour l'innovation pop mondiale : la florissante scène indépendante féminine australienne

Mia Rodriguez
Photo de couverture par : Mia Rodriguez
Écrit par : Pablo Borchi
Publié 07 oct 2021
6 min de lecture

Bien que l'Australie puisse parfois donner l'impression d'être une île lointaine, loin des métropoles musicales du Royaume-Uni et des États-Unis, son influence sur l'histoire de la musique anglophone internationale est indéniable. Bien souvent, les artistes de cette région prennent d'assaut les hit-parades mondiaux avec une vision rafraîchissante des sons en vogue, qui aide la musique pop à évoluer dans de nouvelles directions.

Les exemples de ce genre ne manquent pas ces dernières années. On se souvient de la façon dont AC/DC a créé un modèle infaillible de hard rock ou de la manière dont Flume a introduit une toute nouvelle dimension de mélodies et de sensibilité dans la bass music pour grandes salles. Plus récemment, ce sont des artistes féminines comme Tones And I ou Sia qui ont créé la surprise concernant le son attendu de la part d'une pop star mondiale.

Il est difficile d'attribuer la source de cette magie australienne à un élément en particulier. Cependant, nous sommes à peu près sûrs que cela relève pour une large part de la profondeur et de la pluralité de sa scène locale. Un circuit connu pour son amour des sons internationaux, tout en étant capable d'y imprimer son propre style local distinctif.

Pour vous donner un avant-goût de ce dont nous parlons, voici une liste de 9 artistes féminines issues de la scène indépendante australienne, qui vous permettra de vous familiariser rapidement avec cet immense réservoir de talents locaux étonnants.

Hollie Col (Sydney)

« Je ne suis pas sûre que je voudrais être une superstar. J'aime vraiment écrire de la musique et le processus de construction d'un monde, tant sur le plan sonore que visuel, alors si je pouvais gagner confortablement ma vie en faisant cela pour le reste de ma vie, ce serait génial. » Hollie Col

La musique de Hollie Col consiste à utiliser de grands textes pour résumer ces moments de la vie où le bonheur et la tristesse s'entremêlent dans un tourbillon d'émotions. À peine âgée d'une vingtaine d'années, cette compositrice basée à Sydney s'est fait un nom en affinant un son qui mélange un peu de style pop avec une créativité alternative/indie et l'émotivité que l'on peut parfois trouver dans l'utilisation folk rock de grands refrains, presque dignes de chœurs d'église, comme dans son dernier clip « Forgot To Love You ». Cette chanson est la preuve qu'Hollie Col est passée maître dans l'art de mélanger mélancolie pop et bonheur indie, dans ce qui pourrait être à la fois la bande-son parfaite pour les ruptures ou pour la fin d'une épique aventure estivale.

Eilish Gilligan, (Melbourne)
 

« L'expérience m'a appris que si vous maintenez la discipline nécessaire pour pratiquer l'écriture la plupart des jours, presque tous les jours, et pour faire des choses pour stimuler votre créativité, vous encouragerez cette vague créative à revenir. » Eilish Gilligan

Eilish Gilligan est une chanteuse qui a une manière unique de prendre une atmosphère de musique synthétique alternative et de l'amener sur son propre territoire pop. La clé de sa patte sonore réside dans sa capacité à mélanger des mélodies entraînantes avec des voix dramatiques, ainsi que dans l'utilisation d'une esthétique de production qui, bien que pop, ne perd jamais sa vibe nocturne grâce à de saisissantes rythmiques de batterie synthétique. Après avoir passé les deux dernières années à sortir des singles principalement axés sur des tempos lents où sa voix était mise en valeur, elle laisse la section rythmique jouer un rôle plus important dans son dernier album « First One to Leave the Party ». Cela donne des résultats étonnants, notamment dans des chansons comme « Up All Night », où la ligne de synthé joue un rôle équivalent à la voix puissante d'Eilish, en particulier sur le couplet où les effets vocaux éclatés donnent presque des frissons.

Mwanje (Sydney)

Mwanje est une jeune chanteuse qui a tout pour devenir célèbre. Nous parlons d'une artiste dotée d'une voix exceptionnelle, qui a commencé à montrer l’étendue de ses talents en publiant des reprises d'Etta James et d'Ariana Grande sur Instagram. On l'a vue plus récemment faire les chœurs et les ad libs pour Sampa The Great, artiste d'origine zambienne et basée en Australie, sur des scènes telles que le Tiny Desk de NPR ou Splendour in the Grass. Malgré ces références, ce qui ressort, c'est la solide vision esthétique qui accompagne sa voix talentueuse. Dans son premier clip « Divine », son morceau RnB décontracté met en avant une déclaration visuelle où une composition de fashionista sert de cadre pour mélanger les vibrations rétro-futuristes des années 1970 avec de nombreux symboles africains. Une déclaration visuelle avec un grand souci du détail qui se transpose dans tous les domaines de sa personnalité artistique.

Lisa Mitchell (Albury)

Lisa Mitchell est une chanteuse et compositrice dont l'ADN musical est fortement ancré dans le folk rock, reliant les icônes folk des années 60 et 70 aux artistes de la génération du renouveau folk, tel Sufjan Stevens. Après avoir perfectionné ses compétences sur le circuit des cafés locaux, elle s'est fait connaître au niveau national lorsqu'elle a participé à Australian Idol en 2006. Sur ses premiers albums, des chansons comme « Neopolitan Dreams » et « Coin Laundry » avaient cette douce vibration de ukulélé des groupes indie pop et folk de la fin des années 2000. Depuis lors, sa musique a adopté une approche dépouillée qui l'a également conduite à un ensemble d'influences plus éclectiques. Son album de reprises de 2017 présentait des versions mélancoliques à la guitare acoustique de chansons comme Lovefool de The Cardigans ou So des Spice Girls. Ce changement par rapport à sa douce vibration de ukulélé semblait être un tremplin nécessaire pour l'aider à atteindre de nouvelles frontières musicales, comme le son qu'elle est capable d'explorer sur son dernier single « Vital Signs » en collaboration avec le producteur de musique électronique Mazde.

Mia Rodriguez (Sydney)

« J'ai toujours adoré les trucs tordus. Chansons, dessins animés, films... Je suis une grande fan de Tim Burton. J'aime mettre en musique les images effrayantes que je vois ! Je trouve que c'est trop cool. » - Mia Rodriguez

En s’éloignant beaucoup des attentes concernant la définition d'une star du punk-pop alternatif, d’Avril Lavigne jusqu'à Billie Eilish aujourd'hui, Mia Rodriguez a adopté un nouveau paradigme. Elle fait avancer les choses avec un style bien à elle, en s'inspirant fortement de l'esthétique de l'animation et des « contrastes entre la folie et la douceur ». En 2019, elle accède à la notoriété grâce à TikTok et est rapidement signée par City Pop Records. Ses deux premiers singles « Emotion » et « Psycho » sont devenus des tubes, qui cumulent actuellement près de 20 millions d'écoutes sur les plateformes de streaming, tout comme leurs clips. Dans son récent single et son clip « Billion Dollar B*tch » (avec la rappeuse américaine Yung Baby Tate), l'utilisation de références « trap » rapproche le son de l'artiste d'un croisement entre la pop et le rap, promettant ainsi d'être plus qu'un succès viral en ligne, mais aussi sur les dancefloors.

Miss Blanks (Brisbane)

« Pendant si longtemps, les femmes de couleur, en particulier les femmes transgenres, ont été considérées comme une gêne. Pour la première fois dans la musique australienne, j'ai la possibilité d'être très visible. Je peux dire ce que je veux dire dans ma musique et récupérer ma voix, ma sensualité, ma féminité, mon corps, mon esprit, mon énergie, tout ce qui est moi/Miss Blanks. Je pense que c'est ce qu'il y a de mieux dans le fait d'être Miss Blanks. » - Miss Blanks

Miss Blanks « appartient à la nouvelle génération de rappeurs australiens qui revendiquent le hip-hop comme une arme politique, un mégaphone amplifiant la diversité raciale et de genre. » Bien que sa musique puisse être étiquetée comme de la musique festive, la façon dont elle rappe sur son identité noire et transgenre confronte les attentes du marché australien envers le hip-hop. Connue pour un certain nombre de singles tels que « Clap Clap » qui utilisent principalement des rythmes trap et une esthétique hip-hop, elle augmente le tempo et les ondes estivales sur son dernier titre pour créer un hymne rap house enivrant. Selon ses propres termes, « Flying High » est le « morceau ultime pour commencer à faire la fête, écrit pour le retour dans les clubs alors que les gens du monde entier entrent dans ce qui est notre nouvelle "normalité avec le COVID" ». C'est un banger avec une forte inspiration « Los Angeles ». qui mélange un peu de hip-hop décontracté avec un beat house enivrant. Tout cela est complété par une attitude « rentre-dedans » qui nous rappelle les jours de gloire de Yo Majesty.

Sahara Beck (Darwin)

« [Si je devais revenir en arrière,] je me dirais de ne pas me laisser intimider par les autres. Je pensais que quand j'entendais quelqu'un de mieux, ça voulait dire que je n'étais pas douée. J'ai dû apprendre à m'en tenir à ce que je fais personnellement et à croire en moi. Faire de la musique est déjà assez difficile. Les artistes devraient se soutenir et s'entraider au lieu d'être en compétition. Nous avons toujours besoin de plus de musique ! »  - Sahara Beck

Jouant et publiant de la musique depuis l'âge de treize ans, Sahara Beck est devenue une « futuriste pop qui déchire », connue pour les contrastes radicaux dans chacune de ses chansons, comme le mélange d'un son hard rock avec des paroles pleines d'espoir ou un beau solo de piano avec des paroles plus sombre. Après avoir publié pendant deux ans de la musique axée sur les sons rock, son album « Queen of Hearts » a marqué un changement de cap qui l'a amenée à créer un type de pop unique, combinant des influences du rock et de la pop des années 70 avec des sons plus modernes, allant parfois jusqu'à introduire des éléments d'électronique, comme sur sa collaboration avec Luke & Friends. Sur son dernier single « Crave Me », elle montre tout cela avec une approche particulière qui consiste à combiner des sonorités indie douces, rappelant celles de jouets, avec des lignes de basse épiques et des atmosphères synthétiques.

Emma Donovan (Sydney)

« Je suis simplement capable de faire preuve de créativité et de cohérence dans l'écriture de paroles et de chansons, peu importe ce que la vie me réserve. C'est comme ça que je fais face aux choses, surtout les choses difficiles. La musique me guérit et est toujours là pour moi. Elle règle tout. » - Emma Donovan

Emma Donovan est une chanteuse aborigène qui parcourt les scènes depuis l'âge de sept ans. Elle a commencé dans l'industrie en chantant pour l’historique groupe country aborigène The Donovans. Par la suite, elle a développé une carrière qui a fait d'elle l'un des noms les plus reconnaissables de la scène musicale aborigène. Que ce soit en solo ou avec des groupes tels que Stiff Gins ou The Black Band Arm, elle s'est faite l'ambassadrice de l'importance de faire la lumière sur la discrimination historique dont ont souffert les aborigènes australiens au fil des ans. Depuis 2013, Emma se produit sous le nom d'Emma Donovan & The Putbacks. Une formation qui reprend l'énergie de la scène rétro-soul, en particulier celle du label Daptone Records, et l'infuse d’une atmosphère rappelant le hip-hop instrumental, contestataire et éclectique, du début des années 2000.

Rachael Fahim (Sydney)

« Nous le faisons pour l'amour de la chose, pas vraiment pour l'argent. »  - Rachael Fahim

Il est toujours intrigant d'entendre parler de quelqu'un qui fait de la musique country en dehors des États-Unis. Il y a une attente passionnante des nouvelles frontières que ce genre pourrait atteindre lorsqu'il est imprégné d'un contexte différent, et Rachael Fahim en est le parfait exemple. Sur plusieurs de ses chansons, dont son récent single « Middle Ground », cette chanteuse à succès apporte une nouvelle perspective à la scène en ramenant les accords de guitare et les mélodies des années 2000. Mais ce n'est que la moitié de l'histoire. Que ce soit en solo sur des chansons comme « What I Don't Know » ou avec son supergroupe country Southbound, elle est également désireuse d'explorer la connexion de ses talents de compositrice avec l'EDM. Dans ce contexte, elle se distingue en créant des chansons qui, au lieu de « remixer » une mélodie country pour en faire un banger de festival, font le contraire. Ainsi, elles sont capables de contenir la vibration émotionnelle des hymnes EDM dans des chansons pop douces qui renversent les attentes en matière de musique country à 180 degrés, ce qui n'est pas si éloigné de ce que Shania Twain a fait pour le genre à la fin des années 2000.