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Women in MusicTech #1: entretien avec Julie Knibbe

Christina / WoCInTech
Photo de couverture par : Christina / WOCInTech
Écrit par : Rhian Jones
Publié 19 Apr 2021
4 min de lecture

Dans le cadre de notre immersion dans le monde de la musique et de la technologie, nous réalisons une série d'interviews avec des femmes talentueuses de l'industrie qui ont chacune une histoire à raconter. Aujourd'hui, je discute avec Julie Knibbe, qui a fondé la société d'analyse de datas Music Tomorrow et a travaillé chez Deezer et Soundcharts. Comme elle nous le raconte dans son interview, le secteur de la musique est sur le point de tirer le meilleur parti des datas disponibles, et Julie regorge d'idées sur la direction que cela pourrait prendre à l'avenir. 

Julie Knibbe

Selon vous, l'industrie musicale tire-t-elle le meilleur parti des datas actuellement ?

Non, je ne pense pas. Si je compare la musique à la publicité, à la finance ou encore à d'autres secteurs qui se sont largement digitalisés, l'industrie de la musique a été plus lente à adopter des outils. D'une certaine manière, c'est un avantage, car l'industrie de la musique apprend des erreurs des autres. Aujourd'hui, l'industrie adopte des outils à un rythme très rapide, mais nous ne les exploitons pas au mieux de leurs capacités, car ils sont très fragmentés. Par conséquent, la quantité d'informations à traiter est énorme et peu de parties prenantes ont accès à l'ensemble de ces outils. La marge de progression reste énorme.

Pensez-vous qu'il existe aujourd'hui certains domaines qui pourraient véritablement tirer avantage d'une plus grande utilisation des datas ?

Tous les domaines, à mon avis ! Pour ne citer que quelques exemples, je pense qu'il y a plus de potentiel dans l'activité A&R (« Artists and Repertoire », découverte de nouveaux artistes ou de groupes à qui proposer un contrat). Comme nous sommes tous très partiaux, lorsque nous entendons parler d'un artiste, nous sommes déjà influencés par l'expérience des artistes qui ont réussi. Et effectivement, les responsables A&R ont une tendance naturelle à aimer et à rechercher ce qui est similaire. Je pense que nous avons la possibilité de nous diversifier. Nous pourrions alors nous baser sur des données plus rationnelles pour évaluer et découvrir de nouveaux interprètes que nous n'aurions pas écoutés autrement, dévoilant ainsi plus de musiques atypiques ou d'artistes féminines.

Nous pourrions alors nous baser sur des données plus rationnelles pour évaluer et découvrir de nouveaux interprètes que nous n'aurions pas écoutés autrement, dévoilant ainsi plus de musiques atypiques ou d'artistes féminines.

Julie Knibbe Fondatrice & CEO de Music Tomorrow

Quel impact la COVID-19 a-t-elle eu sur l'utilisation des datas dans l'industrie de la musique et comment pensez-vous que cela évoluera après la période de pandémie ?

Les événements en live ont évidemment été les plus touchés par la COVID-19 et c'est dans ce domaine que nous avons également constaté la plus grande transformation dans l'utilisation des datas. Dans l'industrie du live, il existe plusieurs parties prenantes : les agents, les organisateurs et le lieu qui accueille l'événement. Ils disposent tous de leurs propres datas. Nous avons donc toutes ces informations, mais il est difficile de les centraliser, les comprendre et planifier la gestion de la relation client après l'événement, par exemple. Du fait de la COVID-19, certains événements ont basculé en ligne et les artistes ainsi que leur équipe de direction ont dû gérer ce nouvel aspect, car ils sont responsables de leurs réseaux sociaux et ont des relations plus étroites avec les plateformes de streaming en direct. Ils ont saisi cette opportunité de centraliser les datas et s'y sont habitués, elles resteront donc au centre des discussions lorsque les événements physiques seront de retour. 

Vous êtes issue de deux mondes, la musique et la technologie, où les femmes sont généralement minoritaires, surtout au niveau décisionnel. Avez-vous dû relever des défis au cours de votre carrière qui résultent directement du fait que vous êtes une femme et que vous faites partie d'une minorité ? Si c'est le cas, comment avez-vous surmonté ces obstacles ?

Je pense avoir fait face aux mêmes défis que toutes les autres femmes dans ces secteurs. Je n'ai pas trop souffert du fait que certaines personnes me disent que je n'étais pas à ma place ou d'autres réflexions similaires, mais je n'avais pas non plus d'exemple à suivre. Je n'étais donc pas sûre de rentrer dans le cadre, car il y avait peu de femmes à l'époque dans le monde de la technologie. Aujourd'hui, je continue de créer le rôle et le poste que je désire, mais qui n'existe pas encore. De nos jours, le jeu est toujours truqué et on doit se plier aux règles fixées par les hommes. J'ai donc eu du mal à trouver ma place au début, car j'ai appris à me livrer à un jeu dont je ne comprenais pas les règles. J'ai mis du temps à apprendre à faire les choses à ma façon et à ne pas jouer des rôles différents, car j'aurais été condamnée à échouer si j'avais essayé de reproduire quelque chose qui ne me convenait pas. 

Il est important d'avoir des exemples à suivre [...] et de s'assurer qu'on signe autant de contrats avec des femmes qu'avec des hommes, que lorsqu'on recherche des collaborations, des auteurs-compositeurs, des producteurs ou encore des ingénieurs, on pense aussi aux femmes.

Julie Knibbe Founder & CEO of Music Tomorrow

Selon vous, que peut-on faire aujourd'hui pour réduire l'écart qui continue d'exister entre les genres dans la musique et la technologie ? Pensez-vous à des changements spécifiques qui pourraient accélérer cette évolution ?

Il est important d'avoir des exemples à suivre. Je ne parle pas uniquement de l'aspect professionnel, je pense également au fait de s'assurer qu'on signe autant de contrats avec des femmes qu'avec des hommes, que lorsqu'on recherche des collaborations, des auteurs-compositeurs, des producteurs ou encore des ingénieurs, on pense aussi aux femmes, et que pour toute collaboration, à tous les niveaux, on envisage toutes les options existantes. 

Pour conclure, avez-vous des conseils à donner à toute personne souhaitant se faire une place dans l'industrie de la MusicTech aujourd'hui ?

Je pense que le problème de l’intégration c’est que dès le départ, soit tout le monde s'intègre, soit personne n'y arrive ! Donc, si vous voulez y arriver, il suffit d'essayer. Et quoi qu'il arrive, si vous faites bien votre travail, il y aura toujours une place pour vous quelque part.