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La musique classique se réinvente pendant la pandémie COVID-19

Classic
Photo de couverture par : Andrey Konstantinov
Écrit par : Rémi Bouton
Publié 05 Mar 2021
3 min de lecture
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  • Pierre Antoine Devic
    Pierre-Antoine Devic
    Head of naïve classique

À mesure que le streaming évolue, la musique classique marque des points, même chez les plus jeunes. La crise de la COVID-19 et les confinements qui ont été observés dans de nombreux pays ont accéléré cette tendance, toutes les générations découvrant des genres musicaux plus spécialisés. Pierre-Antoine Devic, responsable de la musique classique chez naïve, nous en dit plus sur la musique classique d'aujourd'hui et sur la façon dont le streaming est en train de changer le paysage musical.

Pierre-Antoine, pouvez-vous nous parler de la musique classique chez naïve et du rôle que vous y occupez ?

Fondée au siècle dernier, naïve repose sur un principe multidisciplinaire : tous les genres musicaux sont traités de manière égale, ce qui, à ma connaissance, est unique en Europe pour un label indépendant. Naïve classique se consacre à la musique classique. Nous proposons un catalogue prestigieux de 1 600 albums, qu'intègrent entre 12 et 15 nouvelles productions supplémentaires chaque année, avec un accent mis sur la qualité plutôt que sur la quantité.
J'ai rejoint naïve classique en 2003 et suis devenu responsable du service lorsque nous avons rejoint Believe en 2016. Pour nous comme pour notre catalogue, cela a été une occasion formidable d'accéder à la technologie et aux outils de Believe. Aujourd'hui, naïve classique favorise le numérique et notre chiffre d'affaires provient principalement des ventes digitales, même si nous proposons encore des CD pour nos nouvelles productions.

D'après vous, la pandémie a-t-elle eu des répercussions positives sur la musique classique ?

Tout à fait. Nous avons constaté une baisse de la consommation des genres musicaux les plus populaires pendant le confinement, car nous ne pouvions plus prendre les transports en commun. On écoute rarement la deuxième Partita pour violon seul de Bach, en ré mineur, quand on est dans le bus ! En revanche, être coincé chez soi donne envie de découvrir de nouvelles choses et on a en prime tout le temps du monde pour le faire. Par ailleurs, la musique, et plus particulièrement la musique classique, nous aide à nous détendre et à garder un sentiment de sérénité et de bien-être. Je trouve ça formidable que de nouveaux publics soient attirés par la musique classique en cette période d'anxiété. 

Selon un récent rapport conjoint de BPI, Deezer et du Royal Philharmonic Orchestra, les écoutes de musique classique sont en plein essor chez les jeunes. Avez-vous observé vous-même l'envolée du classique sur les services de streaming ?

Effectivement, et cela s'applique également chez les personnes plus âgées, qui plébiscitent généralement le format CD et se laissent aujourd'hui séduire par le streaming, notamment via le téléchargement, qui reste un flux important dans le classique. Le streaming permet également à la musique classique de faire son entrée sur de nouveaux marchés à travers le monde, comme en Chine et en Amérique latine, entre autres. La Chine s'éveille à la musique classique, comme l'a fait le Japon au milieu du XXe siècle. Nous prévoyons une progression annuelle de 20 % dans les années à venir, soit plus que le marché de la musique en streaming. En 5 ans, la musique classique pourrait représenter 5 % de la musique diffusée en streaming dans le monde entier !

Le streaming a-t-il modifié les goûts traditionnels des genres de la musique classique ?

Si le secteur du CD est segmenté, celui du streaming constitue une activité de volume. Pour faire du volume avec la musique classique, il faut des genres faciles à écouter et qui ne nécessitent pas un niveau élevé de concentration. Dans ce contexte, le piano est roi, et un genre s'est démarqué en prenant la tête du mouvement : le néoclassique.
Ce phénomène pourrait évoluer dans un avenir proche grâce à des services de plus en plus élaborés, au développement de casques antibruit et à l'évolution de publics plus âgés. Mais pour l'instant, la musique vocale ou symphonique est beaucoup moins écoutée en streaming que le piano, qui n'a jamais été aussi populaire.

Revenons à naïve classique : développez-vous de jeunes artistes classiques ?

Oui. Nous faisons toujours de la place aux nouveaux artistes. Nous avons trois critères principaux : ils doivent évidemment être très talentueux, avoir une appétence pour le digital et bénéficier d’une présence mondiale. Nous pensons qu'un artiste qui ne sait pas se faire connaître au niveau international sur les réseaux sociaux a aujourd'hui peu de chances de développer sa notoriété. 

Et vendre la musique classique, ça fonctionne de la même manière, n'est-ce pas ?

Il faut savoir atteindre les jeunes publics et c'est sur les réseaux sociaux qu'on peut les trouver. Quant à la musique grand public, elle est diffusée en priorité via des playlists, ce qui signifie qu'il faut renforcer les partenariats avec les principales plateformes de distribution comme Apple ou Spotify. 
 

Qu'en est-il des compositeurs ? naïve est la maison de Vivaldi, n’est-ce pas ?

Les trois compositeurs les plus écoutés en streaming sont Bach, Mozart et Beethoven, mais oui, Vivaldi mériterait la 4e place ! Depuis maintenant vingt ans, naïve développe l’édition Vivaldi en enregistrant de nouvelles œuvres découvertes à la bibliothèque nationale de Turin. Figure importante de la musique classique, Vivaldi a composé des pièces accessibles avec une grande vitalité. Sa musique possède tous les atouts nécessaires pour être diffusée en streaming dans le monde entier. Certains morceaux sont des hits !

Pour conclure, avez-vous l'intention de développer la musique classique chez Believe ?

Believe travaille déjà avec quelques labels classiques indépendants, mais nous voulons aller encore plus loin. Nous souhaitons élargir notre répertoire, attirer de grands artistes et créer un « collectif » de labels classiques, avec Naïve comme marque emblématique, pour transmettre l'excellence de nos méthodes et attirer les labels du monde entier. L'avenir a l'air prometteur !

La musique classique en hausse chez les jeunes auditeurs de Deezer

Depuis le début de la pandémie de COVID-19 et les confinements qui en ont résulté, le nombre d'écoutes de musique classique en streaming chez les jeunes auditeurs a continué d'augmenter. Entre février et avril 2020, selon un rapport conjoint du Royal Philharmonic Orchestra, du British Phonographic Industry et de Deezer, le nombre d'écoutes de musique classique sur Deezer chez les auditeurs âgés de 18 à 25 ans a augmenté de 11 % par rapport à l'année précédente. Quelques données en chiffres :

  • #1

    Sur une période d'un an (entre avril 2019 et avril 2020), on a observé une augmentation de 17 % des auditeurs de musique classique

  • #2

    Sur Deezer dans le monde entier, les auditeurs âgés de moins de 35 ans représentant plus des deux tiers (69 %) de la musique classique écoutée en streaming à travers le globe.

  • #3

    Les auditeurs de musique classique sur Deezer écoutent plus de musique (+4,4 %) que les autres auditeurs et ont des goûts musicaux plus variés par rapport aux amateurs d'autres genres. En moyenne, ils écoutent 38 genres et sous-genres de musique distincts. En comparaison, les amateurs d'autres grands genres comme la dance, le rock et le rap écoutent en moyenne 21 genres et sous-genres.

  • #4

    Les auditeurs de musique classique montrent également un plus grand attrait pour les albums, puisqu'ils écoutent plus d'albums en entier par rapport aux passionnés d'autres genres. Un peu plus d'un quart (27 %) des clics effectués par les fans de musique classique en mai 2020 concernaient spécifiquement des albums. Chez les amoureux de la pop, seulement 5 % des clics concernent des albums. 

  • #5

    Ludovico Einaudi, pianiste et compositeur italien, a été l'artiste classique le plus écouté en streaming sur Deezer à travers le monde au cours des six premiers mois de 2020. Plusieurs pianistes et compositeurs contemporains comme Yann Tiersen, Ramin Djawadi, Max Richter et Olafur Arnalds figurent également dans le top 10 mondial de Deezer.